Paris, le 30 janvier 2023. Les cours de l’électricité flambent à plus de 150 euros par mégawattheure (MWh) sur les bourses européennes, étranglant des milliers d’entreprises. À l’Hôtel de Roquelaure, l’urgence est palpable. La ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, rédige une note confidentielle à destination de la cheffe du gouvernement, Élisabeth Borne. « Le consommateur doit pouvoir bénéficier de la compétitivité du parc nucléaire français, en l’exposant non plus aux prix de marché mais aux coûts complets de ces installations », évalués à l’époque à « 57,90 euros par MWh », écrit-elle.
L’idée est de jeter les bases d’un encadrement des tarifs d’EDF grâce à un « contrat avec l’État », son unique actionnaire. Avec une « priorité » double, insiste la ministre : protéger les Français des envolées spéculatives, mais aussi EDF d’un scénario inverse, celui d’un marché durablement bas. Le groupe pourrait être tenu de commercialiser une partie de sa production dans une fourchette de prix stricte, avec plancher et plafond, sur le modèle des contrats pour différence (CfD) déjà appliqués aux filières éolienne et solaire.
Dix mois plus tard, pourtant, volte-face. Le 14 novembre 2023, l’exécutif convoque la presse et annonce que, pour la première fois, les Français ne disposeront plus d’une forme d’accès à la production du parc d’EDF à un prix régulé. Dès le 1er janvier 2026, l’entreprise fixera ses tarifs librement. Dans une approche résolument favorable au marché, l’État n’interviendra plus qu’a posteriori, en ponctionnant une partie de ses revenus s’ils dépassent des seuils très élevés, entre 78 et 110 euros/MWh. Au pupitre, quatre personnes présentent fièrement le dispositif : le locataire de Bercy, Bruno le Maire, son ministre délégué à l’Industrie, Roland Lescure, Agnès Pannier-Runacher et… Luc Rémont, à l’époque PDG d’EDF.